Je dois vous parler de quelque chose que j’observe depuis plusieurs mois. Cette tension sourde, presque palpable, qui plane sur les départs vers l’étranger. Ce n’est pas tant la peur qui m’interroge. C’est ce silence qui s’installe quand quelqu’un annonce qu’il part aux États-Unis.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, mais ils ne disent pas tout. Ils ne racontent pas l’hésitation qui précède la réservation, ni ce moment où l’on se demande si l’on devrait vraiment y aller.
Quand voyager devient un acte politique
L’année 2026 aurait dû être exceptionnelle pour le tourisme américain. Entre le centenaire de la Route 66, les 250 ans de l’indépendance et la Coupe du Monde, tout était réuni pour attirer des millions de visiteurs. Mais voilà. Les événements survenus depuis janvier 2025 ont transformé ce qui devait être une célébration en une équation complexe.
Je ne peux m’empêcher de penser à cette étude du World Travel & Tourism Council qui prévoyait une perte de 12,5 milliards de dollars en dépenses touristiques internationales pour 2025. Sur 184 pays analysés, un seul affichait une projection négative. Un seul.
Ce qui me frappe, c’est que 46% des voyageurs interrogés l’année dernière ont déclaré être moins enclins à visiter le territoire américain. Ce n’est pas une statistique abstraite. Ce sont des projets annulés, des billets non achetés, des chambres d’hôtel vides.
| Impact | Conséquence directe |
|---|---|
| Tarifs douaniers sur les alliés | Refroidissement des relations diplomatiques |
| Menaces d’annexion du Canada | Incertitude géopolitique régionale |
| Détentions à la frontière | Méfiance accrue des voyageurs étrangers |
| Surveillance des réseaux sociaux | Sentiment d’intrusion dans la vie privée |
Les destinations alternatives sous pression
Ce qui m’interpelle particulièrement, c’est l’effet domino sur d’autres territoires. Certains voyageurs qui renoncent aux États-Unis se tournent vers des destinations qui, elles aussi, font l’objet d’alertes. Les États-Unis émettent une alerte voyage critique pour une destination prisée des Caraïbes, créant une nouvelle couche de complexité pour ceux qui cherchent simplement à partir.
Plusieurs gouvernements ont émis des avertissements officiels concernant les voyages vers le territoire américain. Ce geste, rare entre nations alliées, traduit quelque chose de plus profond qu’une simple précaution diplomatique.
Les appels au boycott se multiplient sur les réseaux sociaux. Certains vont jusqu’à qualifier le pays d’État hostile. Ces mots ne sont pas anodins. Ils révèlent une fracture dans la perception même de ce que signifie voyager.
Ce que révèle cette transformation
Un article de Skift résume bien ce glissement : partir aux États-Unis est devenu à la fois un acte politique, un pari sur l’entrée et un fardeau financier. Cette phrase me poursuit. Elle dit quelque chose sur notre époque que nous n’osons pas toujours formuler clairement.
Les mesures envisagées ajoutent une dimension supplémentaire d’inquiétude :
- L’examen systématique des profils sur les réseaux sociaux avant l’entrée sur le territoire
- Les déportations massives qui créent un climat d’insécurité juridique
- Les détentions de touristes étrangers aux points d’entrée
Ce qui était autrefois une destination aspirationnelle s’est transformé en une décision qui demande réflexion. Je ne juge pas ceux qui partent. Je ne juge pas ceux qui restent. J’observe simplement ce basculement, cette hésitation nouvelle qui s’installe dans nos projets de voyage.
Victoria Rousseau écrit pour 123People. Elle explore le monde contemporain à travers des textes sensibles et engagés.
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