Lassés de l’IA, ils adoptent un mode de vie analogique en 2026

Lassés de l'IA, ils adoptent un mode de vie analogique en 2026

Je remarque quelque chose. Une tendance qui ne crie pas son nom mais qui se déploie lentement, comme une vague souterraine. En ce début 2026, j’observe autour de moi des êtres humains qui posent leur téléphone. Pas pour quelques heures. Pour de bon.

Ce n’est pas une simple désintoxication numérique de trois jours. C’est un choix de vie qui s’inscrit dans la durée. Face à l’intelligence artificielle qui envahit chaque recoin de notre quotidien, certains retrouvent le geste lent, la matière tangible, le temps qui s’étire.

Quand les mains retrouvent leur mémoire

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, même si je me méfie toujours des chiffres. L’enseigne Michael’s, spécialisée dans les loisirs créatifs, a constaté une hausse de 136% des recherches pour « hobbies analogiques » ces six derniers mois. Les ventes de kits d’activités guidées ont grimpé de 86% en 2025. Les kits de tricot, ces pratiques que l’on associait à nos grands-mères, ont explosé de 1 200%.

Stacey Shively, directrice merchandising chez Michael’s, m’explique que l’entreprise prévoit d’agrandir ses rayons dédiés au tricot. Elle évoque cette grande rupture culturelle qui s’opère actuellement. Les gens cherchent un refuge mental, une échappatoire au défilement compulsif des écrans.

Je rencontre Shaughnessy Barker, 25 ans, qui vit en Colombie-Britannique. Si vous voulez la joindre, il faudra composer son numéro sur un téléphone fixe. Elle possède une collection impressionnante de cassettes, vinyles, DVD et VHS. Elle organise des soirées créatives sans technologie, écrit des lettres manuscrites et limite drastiquement son temps d’écran.

Support analogique Avantage principal
Vinyle et cassettes Écoute intentionnelle de la musique
Lettres manuscrites Relation humaine approfondie
Livres papier Concentration prolongée
Photographie argentique Préciosité de chaque cliché

Le paradoxe de notre époque connectée

Avriel Epps, chercheuse en IA à l’université de Californie Riverside, m’explique que le contenu généré par l’IA fatigue profondément. Cette répétition sans âme, cette absence d’originalité épuisent nos cerveaux. L’intelligence artificielle pense à notre place, crée à notre place.

J’ai tenté l’expérience pendant 48 heures. Vivre comme dans les années 1990. J’ai mis de côté mes écrans, mon Kindle, mon assistant vocal. Le premier matin, je me suis réveillée avec le soleil. J’ai écrit dans mon journal, ouvert un vieil exemplaire des « Hauts de Hurlevent ».

Les petites transformations du quotidien peuvent créer des espaces de liberté insoupçonnés :

  • Remplacer le réveil du smartphone par un réveil mécanique
  • Acheter un iPod plutôt que subir les algorithmes de Spotify
  • Préférer l’appareil photo argentique au déluge de selfies numériques
  • Tenir un agenda papier au lieu d’un calendrier partagé

Lors d’une soirée tricot dans une bibliothèque de Brooklyn, j’ai observé une vingtaine de femmes de tous âges échanger des astuces, comparer des couleurs. Personne ne consultait son téléphone. Tanya Nguyen, une habituée, m’a confié que le tricot offre une occupation manuelle salvatrice face à l’appel constant des notifications.

Les frontières floues du monde réel

Pourtant, même les plus engagés dans ce mode de vie analogique reconnaissent la difficulté. Shaughnessy elle-même admet le paradoxe : pour promouvoir sa boutique vintage ou son club d’échanges épistolaires, elle doit utiliser internet.

Epps le formule autrement : il ne s’agit pas de couper l’accès à l’information, mais d’empêcher internet d’accéder à nos informations personnelles. Elle a quitté l’écosystème Google et s’accorde des dimanches sans écran.

Durant ma promenade vers le bureau, j’ai levé les yeux. Les touristes admiraient l’Empire State Building. Cette fois, je les ai imités. Le bâtiment était magnifique sous ce ciel dégagé. J’ai terminé mon roman, envoyé une carte postale à ma cousine de huit ans. J’ai accompli quelque chose qui n’impliquait pas un écran lumineux.

Parfois, nous avons simplement besoin qu’une tendance nous autorise à ralentir.

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