J’ai regardé ce défilé Ralph Lauren à Milan avec une curiosité particulière. Pas celle qu’on réserve aux grandes premières tapageuses. Plutôt celle qu’on accorde aux gestes qui disent quelque chose de leur époque sans hausser le ton.
Ce vendredi soir au Palazzo Ralph Lauren, je voyais défiler des garçons en pulls rugby rayés, doudounes orange acidulé, casquettes portées à l’envers. Des silhouettes jeunes, décontractées, presque insolentes dans leur simplicité. Et pourtant, rien de forcé. Rien qui ressemble à ces marques qui cherchent désespérément à plaire aux plus jeunes en singeant leurs codes.
Une stratégie qui ne crie pas son nom
Ce retour à Milan après plus de vingt ans n’est pas anodin. La marque américaine présentait simultanément deux univers : Purple Label, l’excellence du sur-mesure et des matières nobles, et Polo, sa version sportswear teintée de preppy. Polo ouvrait le défilé. Ce détail m’a frappée.
Car il dit quelque chose qu’on préfère souvent taire dans les campagnes de mode : la hiérarchie des priorités peut changer. La Gen Z ne se détourne pas d’une marque parce qu’elle a séduit leurs parents. Au contraire.
| Marque | Rang auprès des moins de 35 ans | Année |
|---|---|---|
| Gucci | 1 | 2025 |
| Ralph Lauren | 2 | 2025 |
Selon Kantar, Ralph Lauren se classe juste derrière Gucci comme marque de luxe la plus désirable pour cette génération. Les Ralph’s Coffee, ces cafés devenus viraux, y sont pour beaucoup. Tout comme Taylor Swift, qui portait la marque lors de l’annonce de ses fiançailles avec Travis Kelce en 2025.
Mais il y a autre chose. Une manière de ne jamais s’excuser d’exister depuis longtemps. De ne pas rougir de sa tradition. Sur le podium, les styles naviguaient du western au preppy Ivy League, du formel au quotidien. Quelque chose pour chacun, sans calcul visible.
Des hommes, pas des archétypes
Dans la salle : Noah Schnapp, 21 ans, star de Stranger Things. Tony Leung, légende hongkongaise dans sa soixantaine. Colman Domingo, Nick Jonas, Liam Hemsworth, Mark Lee du groupe K-pop NCT. Une diversité qu’on remarque précisément parce qu’elle reste rare.
Henry Golding confiait à CNN : « Je dressais mentalement ma liste d’achats… Ralph fait quelque chose que personne d’autre ne fait : décontracter le luxe avec goût. » Voilà. Décontracter sans banaliser. Rajeunir sans infantiliser.
Les détails parlaient cette langue : une écharpe qui dépasse d’un tote bag en tissu, un pull négligemment jeté. Des imprimés canard ou feuillage. Rien de révolutionnaire, tout paraissait juste.
Quelques éléments qui résument cette approche :
- Des vestes racing associées à des pièces tailoring Purple Label
- Des bonnets slouchy portés avec des manteaux en cachemouille
- Des bottes de randonnée glissées sous un smoking, comme sur Tyson Beckford
Tyson Beckford, justement. Égérie Polo Sport et Polo Fragrances dans les années 90, il clôturait le show en smoking, casquette et boots. Son allure disait tout : une fois Ralph guy, toujours Ralph guy.
L’empire qui ne tremble pas
Depuis une cravate lancée en 1967, puis une collection homme complète sous le nom Polo en 1968, Ralph Lauren est devenu synonyme de style américain classique et aspirationnel. Sans jamais céder sur le prestige.
Là où tant de marques vacillent, Ralph Lauren affiche 7,1 milliards de dollars de revenus pour l’année fiscale terminée en mars 2025. Seuls Hermès et Brunello Cucinelli résistent aussi bien au ralentissement du secteur.
Ce retour milanais précède les Jeux Olympiques d’hiver 2026 à Milan et Cortina, où la marque habillera l’équipe américaine. Comme elle le fait depuis Pékin 2008. Comme à Wimbledon, à l’US Open.
Ralph Lauren écrivait dans ses notes : « J’ai commencé avec une cravate, mais il n’a jamais été question seulement d’une cravate. Plutôt d’une manière de vivre. » Je crois qu’il ne s’agit pas de s’adapter à chaque génération. Mais de leur offrir un espace où s’inscrire, à leur façon.
Victoria Rousseau écrit pour 123People. Elle explore le monde contemporain à travers des textes sensibles et engagés.
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