Je l’observe depuis quelques semaines maintenant : les voyageurs du monde entier détournent leur regard des États-Unis. Ce n’est plus une simple tendance passagère, mais une réalité qui s’ancre mois après mois. Décembre 2025 marque le huitième mois consécutif de baisse des visites internationales sur le territoire américain. Les chiffres publiés par le National Travel and Tourism Office ne mentent pas.
Ce qui me frappe, c’est cette dissonance entre le désir de voyager et la destination choisie. Les gens n’ont pas cessé de rêver d’ailleurs. Simplement, l’Amérique ne fait plus partie de leurs projets. Parmi les vingt principales nations génératrices de tourisme, dix ont réduit leurs déplacements vers les États-Unis en 2025. L’Inde, l’Allemagne, la Corée du Sud : autant de pays qui préfèrent désormais chercher d’autres horizons.
Un secteur touristique sous pression
L’impact sur l’industrie du tourisme américain devient difficilement supportable. En 2024, ce secteur soutenait plus de 15 millions d’emplois et générait environ 1 300 milliards de dollars de production économique. Sur cette somme, 181 milliards provenaient directement des voyageurs internationaux. Vous imaginez le vide que représente leur absence progressive.
Las Vegas illustre parfaitement cette érosion. Les licenciements massifs dans l’hôtellerie ont contraint les travailleurs à réinventer leur parcours professionnel. Certains ont trouvé refuge dans des secteurs inattendus : les auditions de danseuses dans un club de strip-tease ont augmenté de 55% comparé aux six mois précédents. Cette reconversion témoigne d’une précarité grandissante.
| Destination | Évolution des visiteurs australiens |
|---|---|
| Canada | +4% |
| Inde | +10% |
| Chine | +20% |
| Japon | +21% |
| États-Unis | -3,2% |
Comprendre le désintérêt croissant
L’Australie me semble un cas d’école particulièrement révélateur. Les données du Bureau des Statistiques australien, publiées récemment, montrent que les voyages internationaux ont retrouvé leur niveau d’avant la pandémie. Mais regardez vers où se tournent ces voyageurs :
- Canada : hausse de 4%
- Inde : augmentation de 10%
- Chine et Japon : bonds respectifs de 20% et 21%
- États-Unis : recul de 3,2%
Les Canadiens suivent le même mouvement. Plutôt que de traverser la frontière vers le sud, ils préfèrent s’envoler vers le Mexique. Ce glissement géographique n’est pas anodin. Il révèle quelque chose de plus profond qu’une simple préférence touristique.
Les tensions commerciales et les répercussions de la politique américaine ont alimenté des boycotts populaires. Des entreprises de voyage européennes et plusieurs analystes pointent la montée du sentiment anti-américain comme facteur explicatif. Les tarifs douaniers et l’instabilité géopolitique ont refroidi l’enthousiasme, même si un léger rebond s’est manifesté durant l’été.
Le tourisme domestique comme bouclier fragile
Pour l’instant, le tourisme intérieur amortit partiellement le choc. L’US Travel Association prévoyait une croissance de 1,9% pour atteindre 895 milliards de dollars en 2025. Mais cette compensation reste insuffisante pour les destinations dépendantes des visiteurs internationaux.
Les villes iconiques, les parcs nationaux, tous ces lieux qui façonnent l’imaginaire américain risquent de subir une pression grandissante. Surtout avec l’approche de 2026 et ses événements mondiaux majeurs. Si cette tendance persiste, nous assisterons peut-être à une transformation durable du paysage touristique américain. Ce qui me questionne, finalement, c’est cette capacité qu’ont les destinations à perdre leur aura sans vraiment comprendre pourquoi.
Victoria Rousseau écrit pour 123People. Elle explore le monde contemporain à travers des textes sensibles et engagés.
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