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Culture

femme girafe

Victoria Par Victoria
· · 5 min de lecture
femme girafe

C'est l'explorateur polonais Vitold de Golish qui, dans les années 1950, a baptisé « femmes girafes » les femmes de l'ethnie kayan, fasciné par les spirales de laiton qu'elles portent autour du cou. Les Birmans les appellent Padaung, un mot qui signifie juste « long cou ». Ces spirales ornent aussi les mollets, et des peuples voisins comme les Taungyo ou les Naga pratiquent des traditions comparables. Une culture entière se lit dans ce métal enroulé.

Les origines et significations culturelles des anneaux de cou chez les femmes kayan

Pourquoi une telle utile ? Plusieurs récits coexistent, et aucun ne s'efface devant les autres. La première hypothèse, ancrée dans une réalité historique brutale, avance que les anneaux au cou rendaient les femmes kayan moins attrayantes aux yeux des peuples dominants des plaines, les protégeant ainsi des rapts et des viols. Une protection physique déguisée en ornement.

La légende locale raconte une autre version : les tigres, alors très présents dans la région, attaquaient leurs proies au cou. Les femmes auraient commencé à porter ces spirales pour s'en prémunir. Les hommes, eux, portaient dans le dos des masques représentant des visages pour éloigner les félins, bien que cette pratique ait depuis disparu.

Une troisième explication, plus symbolique, lie les Padaung à une descendance mythique de phénix, ce qui justifierait leur cou allongé. Les anneaux symbolisent la richesse et la beauté d'une femme, distinguent les ethnies entre elles et marquent les classes sociales à l'intérieur de la tribu. Certains chercheurs suggèrent que les spirales de laiton protègent l'âme, dont le siège serait dans le cou. Cette société est matriarcale : les femmes prennent les décisions familiales et chaque naissance d'une fille est célébrée. Vitold de Golish a aussi rencontré les femmes de l'ethnie kayah, surnommées « femmes éléphants » en raison des fibres végétales entourant leurs genoux pour protéger leur propre âme. Les Chin, autre peuple de la région, pratiquent quant à eux des tatouages faciaux à finalité similaire. Ces couleurs et symboles me font penser à ce que l'on analyse dans l'interprétation des couleurs dans les rêves, où chaque teinte porte une charge symbolique profonde.

Le port des anneaux : une pratique physique aux effets durables sur le corps

Un processus qui commence dès l'enfance

Dès cinq ans, les petites filles commencent avec une dizaine d'anneaux. Un anneau s'ajoute chaque année jusqu'à l'âge adulte, portant parfois le total à vingt-cinq cercles de métal, soit environ 5 kilogrammes compressant les épaules et les clavicules.

Au moment du mariage, la spirale peut atteindre 25 centimètres de hauteur et 10 kilogrammes. Le poids progresse par paliers : d'abord 0,5 kilogramme, puis 1 kilogramme, puis 1,5 kilogramme. Les anneaux sont changés tous les quatre ans, remplacés par des spirales plus lourdes qui poussent les côtes vers le bas.

Ce que le corps subit réellement

Contrairement à l'apparence, le cou ne s'allonge pas. Ce sont les vertèbres cervicales qui s'étirent sous le poids des spirales. Les muscles s'atrophient, et retirer les anneaux nécessite onguents et massages. Chaque matin, les femmes doivent laver soigneusement la spirale et la lustrer. Elles la portent toute leur vie.

Femme noire portant collier doré sur fond rouge

Le tourisme autour des femmes girafes : entre attraction et débat éthique

Des réfugiées devenues attraction

Les conflits armés entre groupes rebelles et la junte militaire birmane dans l'État kayah ont forcé des milliers de Kayan à fuir vers la Thaïlande. Cinq camps les accueillent dans la région de Mae Hong Son. Ces femmes réfugiées se retrouvent parfois livrées à une exploitation touristique organisée, qualifiée par certains observateurs de zoos humains.

À Panpet, une trentaine de femmes et de filles maintiennent encore la tradition. Beaucoup passent l'année en Thaïlande, vendant des souvenirs artisanaux : parures en argent et en cuivre, foulards brocatelles, cartes postales. Elles rentrent une fois l'an pour le festival Dakontai, dédié au culte des esprits. Leur salaire mensuel tourne autour de 3 000 bahts, soit 70 euros.

Un village construit pour les visiteurs

Le Long Neck Village, situé à trente minutes en voiture du centre-ville de Mae Hong Son dans le parc national de Chiang Mai, a été construit par le gouvernement thaïlandais. Le vrai village, lui, se trouve à la frontière birmane, plusieurs jours de marche en raison de la sinuosité des chemins. Il compte environ cinquante habitants, logés dans des maisons sur pilotis.

Ce tourisme génère des revenus, mais il alimente aussi un débat comparable à celui autour des pieds bandés en Chine : encourager les visiteurs, c'est parfois encourager la pratique. De plus en plus de jeunes filles refusent les anneaux, craignant qu'ils ne les empêchent de travailler en ville. Les familles n'ont régulièrement pas les moyens de s'offrir ces cercles faits à la main. La tradition recule, lentement mais sûrement.

Ce déclin pose une question que je trouve plus intéressante que le folklore : qui décide, aujourd'hui, de ce que la beauté d'une femme doit peser ?

Victoria

Victoria

Victoria est une jeune blogueuse jeune et assumée qui aborde avec franchise les thèmes de la féminité, de la confiance en soi et du lifestyle. Sur son blog, elle partage conseils pratiques, réflexions personnelles et tendances pour inspirer une communauté engagée.

Défenseuse de la cause des femmes, Victoria milite pour l'égalité et l'empowerment à travers des articles accessibles et percutants. Ses lecteurs apprécient son ton authentique et son regard positif sur le changement social.