Passif-agressif : reconnaître le comportement, et y répondre
« Non, non, tout va bien », sur un ton qui dit le contraire. Le plat qu'on lui a demandé de préparer, jamais prêt à l'heure. La petite phrase devant les amis, et « mais je plaisante ». Le comportement passif-agressif, tout le monde l'a subi, et tout le monde l'a pratiqué. Cette page explique d'où vient le mot, ce qu'il décrit, et comment répondre sans entrer dans le jeu.
Rédaction 123 People · relu le 19 octobre 2026
Un comportement passif-agressif exprime une hostilité de façon indirecte, sans l'assumer ouvertement. Au lieu de dire « je suis en colère », la personne oublie, traîne, boude, ironise, ou fait les choses de travers, tout en niant qu'il y ait un problème. Les formes les plus courantes :
- le sarcasme et les piques, suivies de « je plaisantais » ;
- la procrastination et l'inefficacité volontaire sur ce qu'on lui a demandé ;
- la bouderie et le silence, « non, tout va bien » ;
- les oublis répétés, toujours des mêmes choses ;
- les excuses inventées, et la résistance à toute suggestion.
Le terme est né dans l'armée américaine en 1945 ; il a quitté les classifications psychiatriques faute de précision, et désigne aujourd'hui un comportement, pas une personnalité.
D'où vient le terme
L'expression apparaît dans l'armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale : un bulletin du département de la Guerre d'octobre 1945 décrit des soldats qui résistent aux ordres non par refus ouvert, mais par lenteur, maladresse et obstruction. Le terme entre ensuite dans les classifications psychiatriques comme trouble de la personnalité, puis en sort : il est retiré du corps du DSM-IV, jugé trop imprécis, et placé dans une annexe en attendant des recherches. Beaucoup d'auteurs y voient aujourd'hui un symptôme ou un mode de défense plutôt qu'une personnalité à part entière.
Dans le couple, à quoi ça ressemble
- Vous demandez de l'aide pour une tâche ; il dit oui, puis la fait si mal ou si tard qu'il vaut mieux la faire soi-même. La prochaine fois, vous ne demandez plus : c'était le but.
- Vous proposez un dîner chez vos parents ; « comme tu veux », et une humeur de plomb pendant toute la soirée.
- Une dispute se termine par un « d'accord, tu as raison » qui clôt le sujet sans rien régler, suivi de jours de froid.
- Un compliment à double fond : « c'est bien, pour une fois tu as pensé à moi ».
Le point commun : la colère est là, mais celui qui la ressent ne la porte pas. C'est vous qui finissez par la porter, souvent en vous énervant, ce qui lui permet de dire que c'est vous le problème.
Comment y répondre
- Nommer le fait, pas l'intention. « Tu avais dit que tu le ferais lundi, on est jeudi », plutôt que « tu le fais exprès ».
- Ne pas deviner. « Tu as l'air contrarié, tu veux en parler ? » puis, si c'est non, prendre le non au mot et passer à autre chose, sans courir après.
- Ne pas répondre au sarcasme par le sarcasme. Un « ça, c'était une pique » calme suffit.
- Laisser les conséquences arriver. Si la tâche n'est pas faite, elle n'est pas faite ; la reprendre systématiquement entretient le mécanisme.
- Regarder sa propre part. Le comportement passif-agressif prospère quand la colère directe est interdite dans la relation. Si chaque désaccord exprimé tourne à l'orage, l'autre apprend à le dire autrement.
Ce qu'il ne faut pas en conclure
Tout le monde est passif-agressif un jour de fatigue. Le mot décrit un comportement, répété, pas une personne, et encore moins un diagnostic : il n'est plus retenu comme trouble de la personnalité dans les classifications de référence. Si le comportement s'accompagne de dévalorisation constante, d'isolement ou de peur, c'est d'autre chose qu'il s'agit, et c'est à un professionnel qu'il faut en parler. Le lexique décrit aussi l'immaturité émotionnelle, qui en est souvent proche.
Vos questions
Le passif-agressif est-il un trouble de la personnalité ?
Il l'a été dans les classifications américaines, puis en a été retiré, faute de critères assez précis. Il est aujourd'hui considéré par beaucoup d'auteurs comme un symptôme ou un mode de défense qui peut apparaître dans plusieurs situations, plutôt que comme un trouble à part. Dans l'usage courant, « passif-agressif » qualifie donc un comportement, pas une maladie.
Pourquoi quelqu'un devient-il passif-agressif ?
Le plus souvent parce que la colère directe lui a été interdite, dans l'enfance ou dans la relation actuelle : exprimée franchement, elle coûtait trop cher. L'hostilité trouve alors des voies détournées, qui laissent toujours une porte de sortie (« je plaisantais », « j'ai oublié »). Ce n'est pas une excuse, mais c'est une piste : rendre le désaccord possible, et sûr, enlève une partie de sa raison d'être au comportement.
Sources, relues le 19 octobre 2026
Les termes cliniques décrivent des situations qui relèvent d'un professionnel de santé ; les questionnaires sont des jeux de réflexion, pas des tests psychologiques.